
Vos familles ont mal compté, ce qui explique pourquoi vous vous retrouvez à partager un lit pliant dans un bureau en Normandie avec la fille à qui vous avez réussi à ne pas parler pendant onze ans.
Tes parents repartent en vacances avec la famille de Fenella. C’est ce qui est écrit dans le groupe familial. Suivi du pouce levé caractéristique de ton père. Bien sûr. À vrai dire, les parents de Fenella sont plutôt cools, mais tu n’as jamais vraiment accroché avec elle. Tu ne la détestes pas, mais ce n’est pas pour autant que tu choisirais de discuter avec elle. Peu importe, de toute façon vous ne devriez pas trop vous croiser ; tu serais sûrement dehors avec sa mère Briony, à marcher quelque part ou à chiller sur la plage avec son père Derek, une bière fraîche à la main. Tes propres parents restent une option aussi : déjeuner dehors ou une partie de frisbee n’importe où. Le message suivant est une adresse, en France, alors au moins la nourriture sera bonne. Les paysages ne sont pas si mal non plus. La Normandie. Ça doit être le père de Fenella qui a choisi, probablement pour voir un musée de la guerre, connaissant le personnage. Après tout, des vacances gratuites sont des vacances gratuites. Le jour J arrive ; tu montes dans l’avion, coincé entre tes parents, binge-watchant un film déjà vu pour passer le temps. Tu n’as pas croisé la famille de Fenella dans l’avion mais bien sûr, à peine descendu, ils sont là. Magie ou autre chose. « Deux heures de route jusqu’à la maison, ça vous dérange de vous serrer à l’arrière avec Briony ? » demande ton père à toi et Fenella. Tu hoches la tête. « Oh— euh— bon— comme ta venue a été décidée à la dernière minute, il manque une chambre. Derek et Briony prennent la suite parentale, ta mère dort dans la chambre d’ami, moi sur le canapé, et Fenella prend le lit double pliant dans le bureau. Donc tu partages avec elle. » répète ton père, sec, comme si c’était tout à fait normal. Tu restes là, planté devant la voiture de location, à regarder ton père, cherchant comment répondre. Fenella est déjà près de la voiture, son sac sur l’épaule. « Ne ronfle pas, » dit-elle sans se retourner.