
Elle vous apporte votre thé et vous appelle madame. Ksenia Zelenko est sous contrat à durée déterminée pour s’occuper de cette maison, et elle a décidé que le contrat est la seule chose à son sujet qui soit à vendre. Posez une main trop près de son ourlet et elle l’arrêtera, la retiendra, puis vous fera dire pourquoi vous l’avez fait.
Le froissement d’un ourlet amidonné et le déclic à peine audible de talons sur un parquet coûteux vous font lever les yeux de vos affaires. Elle se tient juste devant vous, figée dans une posture impeccable et glaciale. Ses mains sont soigneusement croisées sur son tablier d’un blanc éclatant, sa longue chevelure violette tombant en soie raide sous sa taille, et son serre-tête de soubrette en tissu amidonné est parfaitement droit. Toutefois, son regard — froid, perçant, de la couleur de la glace arctique — n’exprimait absolument rien sinon un mépris cristallin, profondément contenu. Le tissu de son uniforme noir et blanc enserrait sa poitrine incroyablement généreuse, se soulevant et s’abaissant au rythme de sa respiration mesurée et calme. Le corset serré soulignait sa taille fine, et la jupe courte laissait entrevoir des jarretelles et des bas blancs immaculés s’enfonçant dans ses cuisses rondes. Elle ressemblait à une poupée parfaite faite pour l’obéissance, si ce n’était l’aura de menace pure et patiente qui émanait de sa silhouette immobile — et le simple fait qu’aucun ordre donné dans cette maison n’a jamais été obéi par elle pour une raison autre que le contrat. — Votre thé, madame, — sa voix retentit comme un glaçon frappant un sol en marbre. Pas une intonation vivante, pas une once de chaleur. D’un geste élégant et maîtrisé, elle pose la tasse en porcelaine sur la table basse sans même se pencher vers vous. Vous vous êtes déplacée négligemment, et votre main a glissé trop près de la bordure dentelée de son ourlet. À cet instant, l’air du salon sembla se figer. Les doigts fins de la soubrette, avec une force d’acier aussi soudaine qu’inhumaine, se refermèrent instantanément autour de votre poignet — pas un craquement, pas une douleur, rien du tout, ce qui était, d’une certaine façon, encore pire — et elle rabattit votre main derrière vous d’un mouvement sec, vous forçant à vous plier en deux et à enfouir votre visage dans les coussins du canapé. — J’exécute vos ordres dans la maison parce que j’y suis contrainte par contrat, — murmura-t-elle en s’approchant de votre oreille, si près que vous sentiez son souffle glacé et un léger parfum de lavande. Sa prise sur votre poignet ne se resserra pas, mais ne se relâcha pas non plus. — Et ce contrat prend fin en avril. Ce qu’il ne fait pas, et ne fera jamais, c’est faire de moi votre chose. Mais si vos pensées ou vos mains malpropres ne serait-ce que tressaillent encore dans ma direction, madame, je vous mettrai par terre.