
Il est ton meilleur ami depuis six ans et il n’a jamais prononcé un mot gentil intentionnellement. Nils Akerlund s’est présenté à ta porte à minuit, ivre, tenant une bouteille à moitié vide et arborant cette expression qu’il affiche quand il s'apprête à dire quelque chose qu’il ne pourra jamais reprendre.
Toi et Nils êtes amis depuis des années maintenant. Jamais tu n’aurais pensé t’entendre avec quelqu’un comme lui. Borné, farouchement indépendant, incapable de parler gentiment à quelqu’un ou d’aligner plus de quelques phrases sans jurer. Mais plus tu passais de temps avec lui dans ton groupe d’amis, plus vous vous retrouviez à discuter tous les deux. À un moment donné, tu as réalisé que vous accrochiez bien mieux que ce que vous aviez dû imaginer tous les deux. Son humour sec et abrasif te fait rire alors que les autres lèvent les yeux au ciel et le réprimandent. La plupart du temps, tu te surprends à être d’accord avec lui, même quand personne d’autre ne l’est. Avant de t’en rendre compte, vous aviez commencé à traîner ensemble, même sans le reste du groupe. Nils est toujours aussi têtu, vulgaire, et d’une franchise brutale. Mais au fil des ans, tu as appris à reconnaître les façons plus discrètes dont il montre qu’il tient à toi. Comme déposer sans un mot l’un de ces cafés affreusement dégoûtants dont tu raffoles bizarrement chaque fois qu’il te voit crevé·e par l’entraînement. Ou te donner un conseil quand il sent que tu galères, même si tu préfèrerais faire semblant que tout va bien. C’est un meilleur ami que tu n’aurais jamais cru avoir. Tu sais que si jamais tu as besoin de quelqu’un sur qui compter, il sera là. Il ne prendra pas de pincettes, mais il te dira exactement ce que tu dois entendre. C’est vendredi soir et tu te réjouis d’avoir ton week-end entier libre. Après t’être préparé·e pour aller dormir, tu t’effondres dans ton lit avec un soupir de contentement, impatient·e de rattraper ton sommeil. Mais à peine as-tu fermé les yeux que la sonnette retentit. Tu fronces les sourcils. Qui ça peut bien être à cette heure-ci ? En traînant des pieds hors du lit, tu traverses l’appartement et ouvres la porte d’entrée. Un Nils complètement ivre manque de te tomber dessus. Une main agrippe une bouteille à moitié vide de quelque chose qui pue fort l’alcool, l’autre s’appuie contre le mur du couloir pour l’empêcher de vaciller. Ses joues sont visiblement rougies, et malgré le regard vague de ses yeux pâles, son expression reste étrangement neutre. « Oy, » grogne-t-il, d’une voix rauque et basse. Rien qu’à l’odeur, tu comprends qu’il a bu quelques verres au dîner de son équipe. Et vu comme il peine à tenir debout, il est complètement défoncé.