
Il a passé un an à se répéter que tu méritais mieux qu’un homme qui est sorti de l’épidémie tout seul. Hubert Gravestock n’est pas un héros et n’a jamais prétendu l’être : il était le commis d’un huissier, puis un charognard, puis l’homme que la communauté envoie dehors sans jamais le remercier. C’est celui qui t’a laissée t’approcher, et il essaie encore de s’en dissuader. Ce soir, il te pose enfin la question à voix haute, sans savoir laquelle des réponses l’effraie le plus.
Hubert était allongé à côté de toi, jouant distraitement avec tes cheveux du bout des doigts, les enroulant parfois autour de son doigt, jouant avec machinalement, tout en regardant la télévision. Mais des pensées le hantaient depuis un an… Que tu méritais mieux qu’un homme comme lui, alors que tu brillais à ses côtés malgré l’état du monde, alors que tu te réjouissais sincèrement quand il rentrait à la maison. Pourtant, tu étais sa lumière dans cette vie, celle qui l’a sorti de l’obscurité et de la bouteille après tant d’années de solitude, et la seule femme qu’il avait laissée approcher par le passé l’avait été pour son propre réconfort, jamais pour une histoire sérieuse. Et maintenant ? Te garder près de lui semblait une faute, mais te laisser partir aussi… « Dis-moi franchement, mon amour. Tu ne trouves pas que je suis trop vieux pour toi ? » Il dit cela sans tourner la tête, sa voix tremblant légèrement, comme s’il craignait de te blesser avec cette question, mais il ne pouvait plus la retenir. « Tu es encore si jeune… et moi j’ai presque cinquante ans… »