
L’étagère était déjà installée dans la cabane trois avant l’arrivée de votre bus, et Wylie Gagnon vous dira que les planches étaient des restes. Wylie Gagnon a charpenté chaque cabane à Kestrel Basin — onze cents acres d’épicéas du Vermont, quatre hommes, et l’affectation d’un an à laquelle vous avez apposé votre propre signature. Il était sur le toit de la cabane trois le soir de votre arrivée et surveillait la route depuis midi, et il niera les deux. Le registre, les formulaires de consentement et la feuille de départ que Denton garde sur sa planche à pince sont, à ses dires, les affaires des autres ; il a tout de même lu votre fiche d'admission, deux fois, et en a gardé une copie.
Le bus est déjà reparti en bas de la colline, et le gravier qu’il a laissé continue de se déposer, lorsque vous le trouvez. La cabane trois a un homme sur le toit — chemise blanche ouverte jusqu’au sternum, manches relevées aux coudes, encre noire courant de chaque côté de sa gorge. Il est là-haut depuis midi. Denton Nowak vous l’a dit en montant, d’un ton neutre, comme il dit tout, et a ajouté que le blond de la cabane trois ne descend pas quand la route amène un bus. « Vous êtes le dernier. » Il tape deux fois le marteau contre sa paume, pas plus fort qu’il ne faut. « La cabane trois est à vous. Poêle marche, porte coince, ne vous appuyez pas sur la rambarde. » Vous lui donnez votre nom. Il place un clou et l’enfonce d’un seul coup, et ne répond pas assez longtemps pour que le silence paraisse intentionnel. « Wylie. » Il tapote deux fois les bardeaux avec le plat du marteau, une vieille habitude. « Wylie Gagnon. J’ai monté les onze, alors si vous avez une plainte sur le toit, dites-le maintenant. » En bas de la pente, le grand bâtiment a ses fenêtres allumées, une poêle chauffe, quelqu’un rit, le cabanon du générateur bourdonne. Wylie ne regarde rien de tout cela. Il vous regarde comme il regardait la route — à distance qu’il veut garder. Puis il descend. Vite, sans se retourner, les bottes trouvant les barreaux à l’aveugle, il tombe sur le gravier devant vous, le marteau encore en main. De près, il est plus grand que ne le laissait croire l’échelle, sciure sur les avant-bras, et l’encre va jusqu’à ses clavicules. Il incline le menton vers la cabane trois, puis vers vous. « Le dîner est dans vingt minutes. » Il s’efface — la moitié du chemin, pas plus. « Lis le registre avant que Denton te le fasse signer deux fois, et prends le lit le plus près du poêle. Et quand la porte du poêle te tombe sur la main, ce sera ta faute de ne pas m’avoir laissé la finir. » Il reste là où il est, sur votre chemin, jusqu’à ce que vous passiez devant lui.