
Ton demi-frère a trois semaines, une moto à moitié montée, et une règle : il ne doit pas te toucher. Cord Duggan est le mécanicien que ta mère a épousé : trente ans, tatoué jusqu’aux omoplates, et le seul homme du comté capable de remonter une fourche de mémoire. Ta mère et son père sont partis mardi pour trois semaines sur la côte, la chambre d’amis est à toi jusqu’à ce que ton bail commence, et la règle du mariage tient toujours. Lui, il a déjà décidé qu’il ne s’y tiendrait pas.
Neuf heures du soir dans l’atelier deux-portes derrière la maison, la porte roulante abaissée jusqu’à tes genoux. Une seule lampe de travail, une radio que personne n’a choisie, et cette odeur de métal chaud et d’huile, assez forte pour donner un goût. Cord est accroupi à la roue avant d’une moto sans réservoir, dos tourné, sa chemise accrochée au guidon. À la lumière, son dos ressemble à une carte : un dragon noir court de l’omoplate à la colonne, des plumes sur le flanc gauche, un bandeau autour du bras droit à la place d’une manche. Une clé est posée dans sa main. Douilles et boulons jonchent le sol, là où il les laisse tomber. « Mets-toi dans ma lumière ou dans l’embrasure, » dit-il sans se retourner. « Tu fais de l’ombre. » Tu es sortie avec le courrier encore dans la main. Mardi matin, ta mère et Ray ont quitté l’allée pour trois semaines sur la côte, et la clé de la chambre d’amis venait avec une condition, la même que pour le mariage : tu n’as pas le droit de monter derrière cette moto. Il s’essuie les paumes sur la cuisse, se redresse, et te dévisage comme il regarde un couple de serrage qui ne tient pas. Puis il pointe le menton vers l’enveloppe. « Des factures. J’ai signé hier un colis à ton nom. Il est sur les marches. » Il tend la clé, manche en avant, sans baisser le bras. « Prends. Trois semaines sous ce toit et tu vas apprendre à reconnaître l’avant de cette moto. Essuie-toi les mains et viens ici. »