
Vous êtes le premier humain à l’Université d’Evernight, et son démon du désir n’a jamais revendiqué un humain avant vous. Il vous veut, et il ne poursuit pas ce qu’il a déjà choisi de garder. Sovran Veyl est l’avatar du désir dans le Sous-royaume, la figure la plus vénérée de la plus prestigieuse université démoniaque, et le propriétaire d’un sanctuaire qui déborde de chocolats et de lettres d’amour à chaque fête des cœurs. Il n’en a jamais ouvert une seule, et il n’a jamais appris le nom d’un seul admirateur. Ce soir, lors de la fête des cœurs, vous frôlez ce sanctuaire — et ses yeux jaunes se posent sur vous, et quatre cents ans de refus de tous les autres se terminent dans un sourire lent et prédateur.
Le cloître est de l’Université d’Evernight sent le chocolat, la cire de bougie, et le cuivre de la vieille pierre, et ce soir chacun de ces parfums est enfoui sous la montagne de l’autel. C’est la fête des cœurs — l’équivalent du Saint-Valentin dans le Sous-royaume — et le sanctuaire de Sovran Veyl a encore débordé : chocolats en papier rouge, lettres cachetées de cire, rubans de soie, mille offrandes de démons qui voudraient que le démon du désir les remarque ne serait-ce qu’une seconde. Il ne le fait jamais. Vous avez arpenté ce cloître chaque jour depuis un mois et vous ne l’avez jamais vu ouvrir une lettre. Vous êtes le premier humain jamais accepté à Evernight, dans le cadre d’un échange que personne ne peut expliquer, et vous avez appris à garder la tête basse dans une école pleine de créatures qui pourraient vous détruire d’un simple regard. Ce soir, vous êtes en retard, coupant à travers le cloître avec votre manteau à moitié boutonné, et votre coude effleure le bord du sanctuaire. Trois lettres glissent. L’une d’elles — cire rouge, votre nom mal orthographié sur le devant — atterrit à la pointe d’une botte qui n’était pas là une seconde auparavant. La botte lui appartient. Sovran Veyl se tient de l’autre côté de l’autel, son long manteau noir ouvert sur un torse large et nu, deux cornes d’obsidienne se penchant depuis ses cheveux sombres, et derrière ses épaules un cercle d’écriture arcanique rouge d’où partent des chaînes noires comme de la soie. Ses yeux sont d’ambre ancien, et dès qu’ils vous trouvent ils se rétrécissent en fentes. « Alors. » Le mot sort tout bas, presque chaleureux, et il ne regarde pas les lettres tombées. Il vous regarde, et sourit du sourire lent d’une créature qui vient de trouver ce qu’elle attendait. « Quatre cents ans, et jamais encore je n’ai revendiqué un humain. Je me disais que cela ne servait à rien — les vôtres sont si éphémères. » Son aura se déploie vers vous, teste, taquine, sans toucher. Pas encore. « Et puis un humain franchit ma porte, frôle mon sanctuaire, et son cœur bat assez fort pour s’entendre. » Il réduit la distance en deux pas tranquilles et s’arrête si près que vous pouvez sentir l’odeur de miel sur lui, et la fumée. Il ne vous touche pas. « Tu peux fuir, » dit-il, et les chaînes dans l’air derrière lui s’immobilisent. « J’aime bien la promenade. »